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dimanche 10 septembre 2017

La lettre du Vaillant Petit Economiste


Vous avez un nouveau message / faux monnayeur


Un faux-monnayeur fabriqua un jour 10 000€ de fausse monnaie avec lesquels il acheta un bijou.
Le bijoutier utilisa cet argent pour acheter une voiture puis le vendeur de voiture acheta des meubles et ainsi de suite jusqu’à ce que la fausse monnaie soit découverte et détruite.
L’argent avait été échangé 10 fois avec un profit moyen de 20%.
Finalement, le faux monnayeur avait gagné un beau bijou, Les 9 premières personnes se partageaient un profit cumulé de 18 000€ et seule la 10e personne perdait, elle, 10 000€.
Cette escroquerie avait permis de « créer » 8 000€ d’échanges nets + un bijou. Ces échanges créèrent eux-mêmes du travail, des emplois, des impôts…[1]
Cette anecdote veut montrer le rôle déterminant que peut avoir la monnaie dans les échanges.
C’est un mécanisme comparable que les banquiers centraux espéraient mettre en place à la suite de la crise de 2008 : injecter massivement des liquidités dans l'économie afin de la réamorcer.
Loin de moi l’idée de comparer un banquier à un faux monnayeur, ce dernier aurait sans doute été bien plus efficace à la même tâche.
En effet, plutôt que d’acheter directement des biens comme le faux monnayeur, les banquiers centraux ont injecté l’argent via les banques commerciales pour les inciter à le prêter —à faire crédit— de 2 manières :
  1. En baissant les taux jusqu’à les rendre négatifs afin de faire baisser au maximum le coût du crédit.
  1. En rachetant directement les créances des banques afin de leur permettre d’en émettre de nouvelles. C’est ce que l’on appelle « le quantitative easing ».
Or ces injections des banques centrales par l’intermédiaire des banques commerciales se trouvent ne pas quitter les coffres des banques centrales pas plus en 2008 qu’en 2016 : faute de demandes solvables et pour satisfaire à des règles plus restrictives —règles dites de « Bâle III »—, les banques n’ont pas trouvé à distribuer de prêts et ont « préféré » garder l’argent dans les coffres des banques centrales.

L’argent reste sous le matelas,
comme un billet de 100€ stocké dans un bas de laine. Il ne participe à aucune liquidité alors qu’un billet de 5€ échangé une fois par semaine aura permis 260€ d’échanges au bout d’une année.
C’est une crise des liquidités et c’est le mal dont notre économie mondialisée se meure.
La liquidité c’est de l’argent qui circule.
Il faut 2 choses pour créer de la liquidité : de l’argent et du mouvement — ce que l’on appelle la vitesse de circulation.
Il est facile de créer de l’argent. En revanche la vitesse de circulation, qui ne varie que lentement, tient à la confiance des populations et des banques en l’avenir, leur monnaie, leur économie, leurs politiques…
Quand la vitesse de circulation chute c’est qu’il y a dépression. Quelque chose ne va pas, on se prépare pour les temps de vaches maigres. On stocke. C’est ce que nous traversons en ce moment.
Quand elle augmente fortement, c’est qu’il y a surchauffe et que l’on n’a plus confiance en l’argent que l’on détient. C’est quand l’argent vous brûle les doigts et qu’il faut le dépenser avant qu’il ne perde sa valeur.
Les travaux de l’économiste Alain Grandjean ont montré que l’hyperinflation de 1923 en Allemagne avait été causée par l’accélération de la vitesse de circulation et non pas par la masse monétaire.
C’est un point très important que peu de gens comprennent : le problème de l’inflation n’arrive pas quand vous imprimez de la monnaie, il arrive dans un deuxième temps et brutalement quand vous perdez la confiance parce que vous avez vidé votre monnaie de sa valeur et que l’argent se met d’un coup à circuler de plus en plus vite comme une réaction en chaîne dont vous avez complètement perdu le contrôle.
Or la confiance ne se décrète pas et sa perte est un phénomène binaire et brutal.
La politique ultra-accommodante de la Banque Centrale Européenne est une véritable bombe à retardement et c’est au mieux de la malhonnêteté intellectuelle quand les technocrates de la BCE se félicitent que l’inflation reste contenue... Cela est vrai mais c’est omettre qu’ils ont mis le ver dans le fruit. 
Trop d’argent, pas assez de liquiditéLa vitesse de circulation est un symptôme.

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